2008-12-15

Réflexions postmodernes sur la légitimité des états

Si on vote OUI, la perspective du retour dans une confédération ou dans une union politique avec le Canada restera toujours sur la table. Aucun choix de société n’est absolument définitif. Toutes les questions ont le mérite d’être posées, aussi souvent que nécessaire, aussi longtemps qu’il y a assez de gens pour les poser ou pour vouloir y répondre. L’idée d’un pays, d’une frontière, d’une union éternelle, c’est la plus grande fiction que le 20e siècle ait pondu. Les pays existent souvent par accident de l’histoire, souvent aussi parce que des gens ont décidé qu’ils existaient, que le “nous” méritait d’être transformé en un “ici”. Les pays naissent, se recyclent, se fragmentent, s’unissent, se désunissent. Quelle est la légitimité des états? La réussite morale des institutions justifie-t-elle le territoire qu’elles contrôlent? Que valent les nations sans état, les peuples sans foyer, les cultures sans ministère? Après combien de générations s’éteignent-t-ils, les grands-parents ne comprenant plus leurs petits-enfants?

Au cours de ma courte vie, j’ai vu la naissance de pays nouveaux comme le Timor Oriental, la Croatie, la Slovaquie, mais aussi l’union d’anciens frères ennemis comme les deux Yémen, l’Allemagne, la Sénégambie (Sénégal et Gambie, union de courte durée). J’ai fini par comprendre que la terre façonne l’Homme autant que celui-ci façonne la terre. Il existe un “nous” dans la vallée du Saint-Laurent, un “nous” qui n’est pas plus définissable que le “nous” du Canada, de la France, du Sénégal ou du Yémen; un groupe aux contours flous et à la culture mouvante. Et ce “nous” voudrait en faire de ce bout de terre son “ici”, comme cela s’est produit un nombre incalculable au cours de l’Histoire humaine. Il n’y a rien de méprisable là dedans, juste quelque chose de normal, de potentiellement noble, de porteur d’avenir.

Le Québec et le Canada sont, comme les autres pays existants, passés ou futurs, des questions et non des réponses. Tâchons d'y répondre, tout en demeurant assez humbles pour léguer à nos enfants la liberté de les poser à nouveau.

2008-12-01

Dion au volant, Layton avec la carte routière et Duceppe avec la main sur la clé de contact

Quand je pense que certains chroniqueurs et éditorialistes clamaient haut et fort, lors de la dernière campagne électorale, que le Bloc Québécois ne pourra jamais obtenir de pouvoir. Et voilà! Le Québec obtiendra peut-être plus de pouvoir à Ottawa qu’il n’en a jamais eu, avec Duceppe en position de faire passer certaines demandes historiques du Québec et de mettre Stéphane Dion en boîte. Si le Bloc demeure raisonnable dans ses demandes, il pourra obtenir des gains appréciables. Pour nous.

Cette coalition serait donc une bonne chose, du moins sur papier! Il est temps que notre culture politique évolue et se débarrasse des gouvernements minoritaires, qui ont peu de légitimité. Après tout, la démocratie devrait s'appuyer sur une majorité globale d'électeurs représentés par une majorités de députés, eux-même élus par une majorité d'électeurs dans leurs comtés. Sans cette triple majorité (aux 3 niveaux), le gouvernement s'éloigne des grands principes démocratiques. Et qu'on ne nous ressorte pas l'argument selon lequel le parti qui "gagne" les élections "dirige" ou "gouverne" le pays avec une carte blanche et sans tenir compte du reste de la population. Les gens ont le droit d'être entendus et représentés, pas juste les "amis du parti". Le grand gagnant de chaque élection devrait être le peuple.

Le Bloc Québécois est, dans l'état actuel des choses, un excellent allié objectif des Libéraux et du NPD. En détenant la "soupape de sécurité" de ce gouvernement, il s'assure de faire avancer le Québec (prudemment toujours) tout en évitant que Dion, mis en boîte, ne s'aventure trop dans le bourbier constitutionnel. Économie, culture et régions devraient être à l'ordre du jour. La trêve devrait tenir.

Le Bloc n'est pas obligé de toujours voter du côté de la coalition. C'est UNIQUEMENT lorsqu'il s'agit d'un VOTE DE CONFIANCE et du BUDGET que le Bloc devra garantir son appui. D'où l'importance d'inviter le Bloc aux réunions de préparation des projets de loi les plus délicats.

Pas de ministères pour le Bloc? Qu'est-ce que ça change... le gouvernement Harper avait déjà décidé de punir (assez puérilement) le Québec de ne pas avoir assez voté du bon bord. Là on n'a pas de ministre, mais un droit discrétionnaire de veto sur les projets de loi les plus importants. Le grand autonomiste Jean Allaire n'aurait pas demandé mieux!

Et qu'on nous lâche un peu avec les histoires ultra compliquées de secrets ministériels et de gestion de crises mondiales où le Bloc serait soi-disant malvenu. Déjà que les petits députés ordinaires du parti au pouvoir (et les backbenchers) ne sont pas invités à ce genre de réunion... il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Des décisions se prennent dans des ministères sans qu'on fasse circuler des tas de documents secrets. Seuls les votes en chambre comptent, pour ce genre d'exercice.

2008-11-22

La langue parlée au Québec est bien légitime

On parle beaucoup, ces temps-ci, de la normalisation de la langue dite "québécoise" ou, pour être plus exact, de notre dialecte. On parle même d'en publier un dictionnaire, qui irait au-delà du simple exercice d'énumération de nos "régionalismes" pour en faire une référence sur le "bon usage", en quelque sorte. Ici, on porte la tuque, les mitaines et le foulard. Là-bas, on porte le bonnet, les moufles et l'écharpe. Et pourtant! Certains experts et leaders d'opinion ont tendance à dénigrer nos innovations linguistiques, tirant à boulets rouges sur tout ce qui s'éloigne un tant soi peu de la "norme parisienne", qualifiant notre héritage linguistique de "tare" et nos innovations de "repli sur soi". Pourtant, chaque terme adopté par la francophonie est une petite victoire, une preuve de notre vigueur et de notre volonté culturelle; "courriel" est un exemple peut-être usé à la corde (éculé?), mais toujours valable. Mais il semble que le fait d'abrier ou de poigner soit d'une horreur indicible! Dépêchons-nous donc de kiffer ou de glander, c'est tellement plus normatif et civilisé!

Je le dis haut et fort: les québécois ont aussi droit à l’innovation linguistique, comme par exemple dans la féminisation des titres (madame la juge, une professeure). Évidemment, puisqu’il s’agit d’innovation, le but est de faire accepter les termes ou les accords au reste de la francophonie. Qui dit encore “ballon volant” pour “volleyball”? Lorsque le terme ne colle pas, il finit par disparaître. Difficile de trouver un équilibre entre la nécessité de nommer les choses selon notre point de vue culturel, et la nécessité de continuer à échanger avec le reste de la francophonie.

À mon avis, le normatif ne devrait pas être un obstacle à l’innovation linguistique, aux régionalismes, à la prolifération de synonymes si une telle chose dessert les besoins culturels d’un groupe francophone. La langue usuelle est une langue confortable et généralement efficace en un espace socioculturel donné. On ne demandera pas au Québec de définir le désert du Mali. Paris n’aura pas le dernier mot sur notre hiver.

Le normatif doit rester perméable, pour éviter le sclérose; il doit toutefois être suffisamment rigide, sans quoi il n’aura plus d’emprise. Lorsque je traduis un texte, on me demande parfois un texte français pour la France, français pour le Québec, français pour le Canada, français pour l’international. Je me plie à l’exercice, qui est parfois très ardu. Mais cela confirme que, sur le terrain, chacun de ces espaces de la francophonie sont attestés, sont reconnus, sont respectés. Mieux encore, ils se recouvrent ou s’imbriquent de manière complexe. Le bistouri linguistique est flou, mais il arrive à trancher.

Un grand nombre de Québécois prononcent les mots d’une manière qui se rapproche de ce qui est prescrit dans le Robert, une prononciation un peu idéalisée, moins attestée aujourd’hui à Paris ou à Alger. Je parle évidemment ici des Québécois qui font l’effort de bien parler, sans calquer leur accent sur Hochelaga, sur Joliette ou sur Paris-banlieue. Il y a quelque chose de comique à comparer les accents des francophones à ce qui est prescrit. Est-ce au Québec qu’on dit “pangouan” pour pingouin et “jamé” pour jamais? Nous avons nos travers, notre joual, un héritage parfois honteux, mais lorsque nous parlons bien, nous parlons de manière quasi cristalline. Voilà l’un des nombreux paradoxes linguistiques qui font du Québec une bien drôle de “bébitte”.

Cultivons la langue de chez nous et exportons-en les saveurs.


2008-10-10

Il faut détester Dion pour les bonnes raisons!

Ah les joies du direct… à moins de vivre dans une hutte à Chibougameau, impossible d'avoir manqué cette fameuse entrevue foireuse de Dion à CTV. Tout le monde en parle, Harper en profite, Duceppe tempère le débat. Mais voyons un peu ce qui se joue dans les médias.

Pour glaner des votes, Dion n’a pas le choix d’adopter une attitude diamétralement opposée à celle de Harper. Là où Harper est entouré d’un cordon de sécurité, Dion prend des bains de foule. Là où Harper donne une conférence dans une pièce fermée à des journalistes triés sur le volet, Dion harangue les foules dans la rue. Là où Harper insiste pour qu’on ne présente que son meilleur profil soigneusement maquillé à la caméra, Dion se présente au naturel, quitte à avoir l’air pâlotte. Les gaffes de Dion sont avant tout les petits cahots qu’on trouve sur une piste de cross country… mais que dire de Harper, qui ne sort jamais de l’autoroute de la facilité.

Je n’aime pas Dion, je ne m’en cache pas — non pas à cause de sa personnalité (qui est bien correcte à mon avis), mais à cause de sa vision inflexible du fédéralisme, vision trudeauiste qui n’a rien à offrir au Québec. Mais on peut tout de même saluer les efforts, même maladroits, de Dion pour se rapprocher de ses électeurs (dont je ne ferai pas partie) — les risques qu’il prend, l’énergie qu’il y injecte, les idées qu’il travaille sans relâche.

Le pire, c’est que Harper, qui se contente de présenter un bilan édulcoré et qui n’a AUCUNE plateforme électorale digne de ce nom, pourrait très bien être réélu. Après cela, il n’aura qu’à voler les idées de ses opposants bloquistes et libéraux — celles qui font son affaire, bien entendu. Son cerveau pourra donc demeurer confortablement au repos pendant 2 à 4 ans.

2008-10-08

Quand on veut tuer la gauche, on l'accuse de...

Du temps de nos arrière-grands-parents, les militants Conservateurs disaient que les méchants syndicalistes athées, qui détruisent les valeurs familiales, devraient être excommuniés et brûler en enfer. Puis, du temps de nos grands-parents, ils disaient que les méchants syndicalistes communistes devraient être jugés comme traîtres et exécutés. Du temps de nos parents, ils disaient que les méchants syndicalistes séparatistes devraient croupir en prison avec les felquistes. Puis aujourd’hui, les militants Conservateurs disent que les méchants syndicalistes de la gogauche devraient se fermer la gueule parce qu’ils sont à la source de tous les problèmes économiques.

C’est drôle, y’en a qui sont enragés pendant plusieurs générations. Plus ça change, les militants conservateurs, et plus c’est pareil. Ils ont juste remplacé leurs sermons de curés par des sermons de soi-disant économistes. Mais pourquoi ces vieux croûtons dogmatiques ont-ils si peur du progrès social, de la diversité et de la démocratie?

2008-09-26

Le Bloc arc-en-ciel et les nuages d'Ottawa

Je suis de ceux qui croient qu'à la longue, toute coalition "arc-en-ciel" finit toujours pas être usée prématurément. S'ensuit alors un lent déclin, un réalignement sur d'autres enjeux politiques ou encore, l'éclatement en plusieurs partis. Une coalition indépendantiste est constamment à la croisée des chemins, car sa pertinence sera toujours remise en question par deux groupes: (1) les adversaires politiques qui tentent de miner sa légitimité et (2) les militants qui veulent voir des résultats. Le temps est l'ennemi de tout projet de changement, et l'allié fidèle de l'immobilisme. Le ROC est loin d'être en train de se décomposer devant nos yeux; mais qu'en est-il du Québec?

Le Bloc n'échappe pas à cette logique de "l'usure par l'attente", et il devrait s'assurer de ne pas tomber davantage dans l'attentisme. Un arc-en-ciel, ça existe avant tout parce qu'il y a des gros nuages noirs et... un rayon de soleil. Or, ce n'est pas le Bloc qui a le pouvoir de faire l'indépendance; sa position à Ottawa est stratégique et c'est son poids politique qui fait avancer certains dossiers. Le bloc est l'organe politique d'un LOBBY pro-Québec relativement puissant. Le lobby représenté par le Bloc exerce une pression constante sur le pouvoir à Ottawa, forçant le gouvernement en place à faire des compromis, à éviter les manoeuvres occultes, à s'intéresser spécifiquement aux Québécois. Dans ce sens, les Canadiens du ROC ont raison de se lamenter de l'intérêt très/trop élevé que porte Ottawa envers le Québec. Mais pour nous c'est une question de survie culturelle. Notons qu'il en existe d'autres dans le monde, des lobbys plus ou moins visible du même genre, chacun défendant une cause nationale ou culturelle.

Croyez-vous vraiment que les députés québécois faisant parti du NPD, du parti Libéral ou du parti Conservateur peuvent se permettre ne serait-ce que le centième de l'attachement envers le Québec-nation et le Québec-projet? Non, pour faire partie de ces partis politiques il faut croire en un Canada-nation et un Canada-projet. Il leur faut surtout évacuer la "menace québécoise" de leurs rangs, depuis le "dangereux" flirt de l'époque Mulroney. Cette époque est bel et bien morte, démembrée, enterrée, décomposée. On a même répandu du sel sur sa tombe, pour éviter que le gazon ne repousse.

Que faire alors, sinon voter pour un "arc-en-ciel sur la voie de garage"!

Advenant l'indépendance du Québec (ou une autonomie très élargie), il y aura de la place pour tous les partis politiques compatibles avec le contrat moral d'une Constitution, Incluant les partis à tendance libérale, libertarienne ou social-démocrate. Il faut voter d'abord pour le programme indépendantiste, et ensuite pour l'alignement gauche-droite. Si on ne souhaite pas la disparition du Bloc, du PQ et des autres partis, lobbys et clubs politiques à court terme, on sait très bien qu'au lendemain des célébrations d'indépendance, il faudra y mettre la hache. Pour les meilleures raisons qui soient. Ils sont jetables après usage! Et le Bloc est encore dans son emballage d'origine...

2008-09-23

Un pays PG-13

« Les Canadiens veulent être à l'aise avec les artistes qui les représentent à l'international. Ils ne veulent pas financer des voyages tous frais payés à des célébrités ou encore à des marginaux »

- Un porte-parole Conservateur

« Quand des travailleurs canadiens ordinaires reviennent à la maison, allument la télévision et voient une fille ou un groupe de gens à un gala riche entièrement subventionné par l’argent des contribuables, et qui disent que leurs subventions ne sont pas assez élevées, quand ils savent qu’elles ont augmenté… Je ne suis pas certain que cela trouve écho auprès des gens ordinaires. »

- Stephen Harper

« The movies we go to see at theatres and film festivals will continue to be eligible for tax credits. The measure contained in Bill C-10 addresses only the most extreme and gratuitous material, not mainstream films (...) »

- Josée Verner


Oh... vraiment?

Alors parlons-en des films “contraires à l’ordre public”, "marginaux" et "extrêmes" (pour reprendre le vocabulaire à la mode à Ottawa). Sans possibilité de financement, il est à peu près certain que des films comme “C.R.A.Z.Y”, “Le Déclin de l’empire américain” (et ses deux suites), “Horloge biologique”, “Le Nèg’”, “Trois petits cochons”, “Eldorado”, “Un zoo la nuit”, “Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer”, ou même “Léolo” (surtout celui-là), N’AURAIENT PAS VU LE JOUR. Ils sont tous, à divers degrés, contraires à l’ordre public et aux “bonnes moeurs”, véhiculent des valeurs “contestables” ou ne représentent pas l’idée que le Canada se fait de lui-même. Bref, les bonnes moeurs, ça ne fait pas des bons films. Mais les moeurs libres, ça ne fait pas des bonnes subventions, semble-t-il.

D’autres films auraient dû, quant à eux, se tortiller pour entrer dans le moule idéologique, ou carrément couper des scènes. Que dire des deux petites scènes d’orgasme collectif “suggéré” dans “La grande séduction”? Que faire de la haine envers les canadiens-français et l'affirmation nationale dans “Maurice Richard”? Comment cacher ce cadavre très dérangeant et les scènes dérangeantes dans “Un crabe dans la tête” ou dans "Possible Worlds" (sans compter les flashs de nudité)? Robert Lepage serait-il un dangereux marginal, lui qui est aussi gay et francophone (how shocking)? Dirait-on que “Les aimants” font un peu trop la promotion de l’adultère? “Nitro” encourage les jeunes à violer la loi et à être dangereux au volant? “Les voleurs d’enfance” critique-t-il trop ouvertement les services gouvernementaux? “Quelques arpents de neige” et “Les ordres” soutiennent-ils implicitement le terrorisme? “Traître ou patriote” est-il un documentaire à saveur nationaliste québécoise? Et oubliez “Mambo Italiano”, c’est bien trop gay pour être réformé!

Une paire de fesses, ça fait un film de fesses -- qu'on coupe ces 3 secondes de pornographie qui se glissent dans presque tous nos films, n'est-ce pas monsieur le pasteur? Voyons donc, qu’on nous refasse tous ces scénarios en insistant sur les “valeurs canadiennes qui nous unissent”, sur le "multiculturalisme bilingue d’ouverture" et sur la “bonne morale”. Le Canada est le plusse beau pays PG-13, under God bien entendu.

Quant aux petits films "trop petits" pour être à l'affiche dans le multiplex où se rend madame Verner les vendredi soirs, ils vont mourir dans l'ombre. C'est comme un croisement entre le principe de la saucisse Hygrade et le mythe du contribuable ordinaire. Mais qui veut donc voir les films que personne ne va voir? Réponse: un peu tout le monde, madame Verner. Parce que chacun est marginal à sa manière.

2008-06-23

La Fête du Canada Day s'en vient, chers électeurs potentiels!

Chers amis, alliés et concitoyens, certains d'entre vous m'ont demandé comment qu'ils pouveulent fêter le national fête dans leur provincial territoire, tout en étant de véritables patriotes canadiennes et canadiens.

Pour la Fête du Canada Day, quoi de mieux qu'un Kraft Dinner "deluxe" avec une Molson Canadian "légère", et un gros gâteau avec glaçage au Crisco en forme de drapeau unifolié (accompagné d'un verre de lait écrémé de l'Ontario, bien entendu)? Si vous n'avez pas froid aux yeux et que vous voulez faire un geste patriotique, quoi de mieux qu'un bon hamburger de boeuf angus de l'Alberta garanti sans prion (Mad Cow Free) par Stockwell Day lui-même et testé par la firme de biochimie de l'ancienne conjointe de Maxime Bernier.

Le barbecue traditionnel, qui sera cette année aux couleurs du festival national de la fondation de notre nation, Canada's Quebec's 400th b-day, sera servi par une troupe de scouts multiculturels "presque bilingues" en culottes courtes de Sarnia, Ontario. Ces joyeux drilles font le tour du plus grand pays du monde en autobus à l'éthanol et en train pour promouvoir l'unité nationale, tout en jouant au curling au son de la musique de notre sympathique poète national, Gordon Lightfoot.

Fêtez bien tous la monde ensembles, cheres colleagues, peu importe votre language de mère, et n'oubliez pas que nous devons rester united, peut importe nos differences, en votant Reformist Conservative. Go Canada et havez du fun dans votre party. N'oubliez pas de pratiquer nos sports nationaux!

Signé: The Honorable S. Harper, on behalf of the Queen & Her Princess M. Jean

2008-06-12

De la constitution canadienne...

Ce court texte offre des éléments de réponse à une question que j'entends souvent. Beaucoup de Québécois sont confus et ne comprennent pas quelles sont les conséquences réelles de la décision de Trudeau de rapatrier la Constitution (loi constitutionnelle de 1982) sans l'assentiment du Québec (représenté alors par René Lévesque). Conséquences réelles ou symboliques? Et pourquoi aucun gouvernement québécois n'a osé signer cette constitution alors qu'elle s'applique de facto sur notre province et sur ses lois?


Q: La Constitution canadienne s'applique-t-elle au Québec?

R: J'ai déjà posé la question à un expert en politique constitutionnelle et il m'a répondu, en substance, que oui. La constitution s'applique à tout le territoire canadien, même aux provinces et territoires n'ayant pas signé le papier. La signature est une formalité, lourde de sens et d'une symbolique très importante -- mais cette formalité n'affecte pas l'application de la constitution sur l'ensemble du territoire.

Le Québec s'est abstenu pendant un long moment de faire référence à la constitution dans ses propres lois. Toutefois, l'usage de la clause Dérogatoire pour la loi 101 sous-entend une inclusion dans le cadre de la loi constitutionnelle de 1982­. De plus, des traités québécois impliquant les amérindiens, dont celui du Nitassinan, ont créé un précédent en faisant EXPLICITEMENT référence à la Constitution canadienne.

Enfin, l'Entente de Calgary (1997), signée par les premiers ministres du reste du Canada, entérine le principe selon lequel le Québec ne pourra jamais obtenir quoi que ce soit qui aurait une portée constitutionnelle. Autrement dit, la Constitution ne sera JAMAIS modifiée au profit du Québec, pour quelque raison que ce soit. L'Entente de Calgary prévoit des gains symboliques pour le Québec et réaffirme l'égalité et l'équivalence absolue de toutes les provinces. Enfin, les premiers ministres constataient par la même occasion que le Canada est fonctionnel malgré le refus du Québec de signer la Constitution. Notons que cette entente avait été largement rédigée par l'équipe de Stephen Harper.

Par conséquent, on peut dire que:
1) la Loi constitutionnelle de 1982 s'applique au Québec sans égard à l'absence de signature, aux objections de l'Assemblée nationale ou au refus des élus (et de la population);
2) le Québec a reconnu implicitement son application;
3) le Québec a reconnu explicitement son application à au moins une reprise;
4) le reste du Canada refuse toute concession;
5) la Loi 99 de Lucien Bouchard, qui visait à contrer à la fois la Loi sur la clarté référendaire de Dion et la Déclaration de Calgary de Harper, est un échec -- elle n'a eu aucune conséquence.

Que reste-t-il au Québec comme argument de négociation? Tout d'abord, l'absence de signature est porteuse d'une symbolique extrêmement lourde, malgré les tentatives de la minimiser. Les efforts obstinés de Mulroney en ce sens ne sont pas innocents -- l'absence du Québec crée un malaise politique et idéologique, tout en minant le "nation building" canadien (tant celui aligné sur Toronto/Ottawa que celui aligné sur Calgary).

Enfin, de larges pans de la loi constitutionnelle n'ont pas été traduits officiellement en français, malgré un article qui l'exigeait. Seul le texte anglais a valeur de loi et peut être utilisé lors d'interprétation juridique. Le Québec est en droit de réclamer des explications ou d'en contester la validité, en particulier au regard de la loi 101. Il y a collision entre le caractère strictement anglophone de certaines parties de la loi constitutionnelle de 1982 (sans compter celle de 1867, dont il n'existe aucune traduction ayant force de loi) et la loi 101 s'appliquant au Québec. Un habile constitutionnaliste pourrait donc considérer que certains articles ne sont pas valides ou demander d'en suspendre l'application au Québec jusqu'à ce qu'ils aient été traduits. Question de "tordage de bras" politique!

Pour finir, on remarquera que la reconnaissance de la "nation québécoise" devrait être analysée en profondeur par un constitutionnaliste. Tout d'abord, le terme "nation" n'a pas exactement le même sens et la même portée en français et en anglais. L'application de cette loi comporte des problèmes: elle s'applique à quoi ou à qui, au juste? Enfin, la réduction de sa portée ("dans un Canada uni") pourrait avoir des conséquences -- ce bout de phrase pourrait même devenir caduc. Et si elle n'est pas incluse dans la Constitution, cette loi entre en collision avec tellement d'éléments de loi canadiens qu'elle devient inapplicable, entièrement contestable ou carrément anticonstitutionnelle! Si la loi reconnaissant la "nation québécoise" a des conséquences juridiques (par exemple, nécessité de protéger le caractère francophone du Québec en reconnaissant la loi 101 et en la soustrayant à la Charte canadienne des droits et libertés), cela pourrait ébranler l'édifice constitutionnel construit depuis 1982.

Et dans ce cas, la question demeure entière : la Loi constitutionnelle de 1982 pourrait-elle être, par télescopage juridique, "moins applicable" au Québec que dans le reste du Canada?

2008-06-10

Trois questions sur l'interculturalisme québécois

1. L’interculturalisme québécois peut-il exister s’il est solidement encadré dans le multiculturalisme canadien?

2. Lorsque les deux principes sont en conflit ou en contradiction, l’interculturalisme québécois en ressortira-t-il toujours perdant, sachant que le multiculturalisme canadien est enchâssé dans la Constitution de 1982 (par le biais de la Charte canadienne des droits et libertés)?

3. Et si nous tentons de faire exister l’interculturalisme sans qu'il ne devienne anticonstitutionnel (et donc illégal), devra-t-il obligatoirement devenir un sous-ensemble du multiculturalisme, bref, devenir “plus petit” et s’y ranger sagement?

En quelque sorte, si le multiculturalisme est dans la Constitution canadienne, c'est qu'il est « fondamentalement bon » selon les valeurs canadiennes les plus élémentaires. Ce que nous mettons dans une constitution, c'est la base de notre société, la raison-d'être de l'état et ce qu'il s'engage à appliquer et à défendre. Par conséquent, tout principe qui dérogerait d'une valeur enchâssée dans la constitution serait, par définition, mauvais.

Si les Québécois (ou le Québec, ou le peuple du Québec, ou les Québécois francophones) sont reconnus politiquement par le gouvernement canadien, cette reconnaissance trouve sa limite dans la loi constitutionnelle de 1982, qui limite la portée de toute reconnaissance du genre. La Charte canadienne des droits et libertés agit en tant que chien de garde moral et risquerait de faire tomber toute interprétation de l'interculturalisme québécois qui serait en contradiction, par le texte, en essence ou à l'application, au multiculturalisme canadien et au bilinguisme d'état.

Nous pouvons donc donner un début de réponse à ces trois questions. Pour exister, l'interculturalisme doit être appliqué très exactement comme le multiculturalisme, sous peine de voir notre état et nos institutions déboutés devant la Cour suprême. Quelle est, alors, notre marge de manoeuvre?