2007-11-11

Une simple minorité linguistique?

J'ai déjà souligné maintes fois la désuétude de l'appellation «Canadien-français», identité qui était bien pratique à l'époque coloniale (surtout pendant les conscriptions), où l'on faisait appel à la fibre patriotique du "second peuple fondateur" (en fait, peuple vaincu et fondateur malgré lui d'un pays dont la principale entreprise est son assimilation, voir Durham sur le sujet) et à l'identification aux "héros" de la résistance héroïque de Québec contre le général Arnold, au très inoffensif Dollard-des-Ormeaux, au très pratique Salaberry-de-Valleyfield.

Aussitôt le frère ennemi américain adouci, la colonie canadienne ne sait trop que faire de ses populations francophones et s'emploie à leur interdire l'usage de cette langue (sauf au Québec); c'est ainsi que le français a virtuellement disparu de la Saskatchewan et de la majeure partie du Manitoba, tout en reculant de manière sévère et inéluctable en Ontario. Le Canada a bel et bien mis en place une politique officielle d'assimilation linguistique, ciblant la langue française et les communautés francophones historiques. Ne laissons pas les aménagements actuels, en particulier ce bilinguisme de façade, occulter notre Histoire, voire même tenter de la réécrire pour des raisons idéologiques.

La politique de multiculturalisme de Trudeau, dès 1971, a poursuivi l'oeuvre de sape en consacrant le "Canadien-français" dans sa position de minorité-comme-les-autres et en jetant le mythe du "peuple fondateur" aux oubliettes, sous prétexte de rectitude politique et d'amitié amérindienne (autre minorité jetable après usage, comme on l'a vu récemment avec la délégation canadienne à l'ONU).

Depuis le premier référendum, en 1980, les francophones hors-Québec tiennent le rôle d'otages linguistiques, qu'on brandit (à grands renforts de culture acadienne/franco-régionale subventionnée et de temps d'antenne démesuré à Radio-Canada) afin de susciter le doute et la culpabilité chez les "méchants séparatistes sans coeur" qui oseraient abandonner leurs frères de langue à une assimilation certaine (!). Preuve que le Canada assume pleinement son rôle de fossoyeur du français en Amérique.

Il faut refuser cette identité en comprenant que la mascarade a assez duré; non seulement les communautés francophones du reste du Canada et de l'Amérique ont vécu des histoires divergentes et distinctes de la nôtre, étant plus des cousins éloignés que des frères partageant le même berceau, mais en plus, il est presque certain qu'ils bénéficieraient tous d'un état francophone fort en Amérique, exportant sa culture francophone et finançant des initiatives linguistiques à la grandeur du continent. Autrement, en acceptant de nous fondre dans l'ensemble culturel national (canadien) en tant que simple minorité linguistique et en tant que groupe socio-culturel ayant immigré en territoire canadien (car "nous sommes tous immigrants", etc.), nous tournons le dos à notre propre Histoire et à notre identité.

Le bilinguisme officiel canadien n'existe que pour protéger la minorité anglophone du Québec et pour s'opposer, avec la bombe constitutionnelle, à nos petites munitions politiques. D'ailleurs, selon les promesses électorales des Libéraux fédéraux, la clause nonobstant risque de disparaître au cours de la prochaine décennie. Avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes, la neutralisation graduelle de la Loi 101 à grands coups de contestations juridiques et constitutionnelles et l'échec de nos politiques d'immigration francophone, que vaudra le français au Québec sitôt que les francophones n'auront plus la masse critique (cette masse critique serait de 70% environ, après quoi il y aurait un déclin rapide et inéluctable)?

Le mythe confortable des "deux peuples fondateurs", ça n'existe plus depuis belle lurette. Face aux loups, pourquoi acceptons-nous toujours d'être des moutons?


2 commentaires:

Le Détracteur Constructif a dit…

Bonjour!

Jolie plume, cher monsieur. Je ne peux réfuter quoi que ce soit dans ce texte, si ce n'est qu'une minorité qui agit en minorité est confinée à la minorité.

Il est tellement important de faire comprendre que le référendum est la dernière étape avant l'indépendance et non la première...

Sinon, continuez à écrire, je continuerai à vous lire.

montrean a dit…

Si vous avez à coeur la langue de Molière, pouvez-vous faire circuler dans votre milieu!
Merci à l'avance!

CENTRE-VILLE DE MONTREAL
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Une anglicisation fulgurante en photos et vidéos
Déjà un demi-millier d'infractions possibles à la loi 101!

http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2008/montreal-anglais.html