2007-03-31

La "pédagogie de la souveraineté" de Pauline Marois, ou comment regarder les citoyens de haut

On a vu récemment, sur toutes les tribunes, deux visions de la souveraineté du Québec s'affronter. Si l'avenir du PQ se résume à ces deux chemins divergeants, force est de constater que le mouvement souverainiste se dirige vers une disparition à plus ou moins long terme. D'un côté, Louis Bernard suggère au PQ de se débarrasser de toute sa politique sociale et économique pour ne garder que l'aspect référendaire (le fameux "article 1"). J'ai argumenté contre cette démarche dans un article précédent de ce blogue.

L'autre vision, c'est celle de Pauline Marois et des "pédagogues de la souveraineté". Tout d'abord, je me permettrai de louanger madame Marois pour sa prise de position lucide et courageuse dans le dossier de la "période de transition" (de turbulence, devrait-on dire!) d'un après-OUI. Elle est la seule à reconnaître que le Québec connaîtrait une période de recul économique et d'insécurité, avant de retrouver (et probablement de dépasser) sa prospérité initiale. Tous les pays devenus souverains par voie référendaire ont connu une telle période, alors pourquoi le Québec y échapperait-il?

Toutefois, la voie que préconise madame Marois pour la "marche vers la souveraineté" et l'établissement des conditions gagnantes, est celle de la pédagogie. Je suis profondément contre cette approche, qui a déjà montré ses limites. Non seulement les Québécois ont-ils déjà en main la plupart des arguments pour la souveraineté, mais la transmission des idées souverainistes se heurte à la domination des médias par l'establishment fédéraliste, qui est beaucoup plus influent, riche et "lourd". Dans ces conditions, la pédagogie souveraniste se heurtera toujours à une contre-pédagogie fédéraliste beaucoup plus efficace, qui occupe déjà les médias traditionnels, qui s'immisce dans le Web (voir Wikipedia), qui s'étend dans tout l'espace public québécois et même dans les manuels scolaires. Il est raisonnable de croire que dans notre espace médiatique, toute propagande souverainiste (aussi véridique et justifiée soit-elle) se heurtera à une propagande fédéraliste non seulement très efficace, mais encore plus "légitime", puisque ne l'oublions pas, le Canada est un pays jouissant d'une bonne réputation internationale, est très prospère, et se targue de "défendre" la culture francophone et les intérêts du Québec. Difficile de qualifier ce patriotisme "canadian" de malsain, même s'il n'est pas très honnête dans le fond.

Mais ce qui est navrant dans l'idée d'une pédagogie souverainiste, c'est de poser le PQ en maître et la population en élève, dans une relation qu'on pourrait qualifier de hautaine, voire de pédante. Si la population n'est pas convaincue à l'évocation du pays-Québec, c'est fort probablement pour des raisons qui ont peu à voir avec la pédagogie et beaucoup à voir avec la démarche souverainiste, avec la perception du Québec et du Canada, avec l'impression que nous nous trouvons dans une "zone de confort" qu'il serait difficile ou peu souhaitable de quitter.

Les Québécois ne sont pas des dupes ayant voté OUI ou NON par mégarde (laissons ces arguments surannés sur les sentiments québécois à Wilfrid Laurier et aux autres gagnants de la petite loterie coloniale). Ils ne sont pas des cancres, redoublant leur cours de "Libération 101" depuis 40 ans, que l'on devrait gaver comme des oies avec des arguments souverainistes. Devrais-je vous rappeler que le PQ, dont vous faites peut-être partie, tente de libérer les Québécois du carcan canadien, justement parce que le peuple québécois a des grandes qualités, une identité propre, du potentiel et un grand sens de la survie. Je pourrais opposer, à cette vision des "citoyens-élèves", celle de René Lévesque: « On est peut-être quelque chose comme un grand peuple. » Quand le peuple parle, c'est le PQ qui devrait tenir le rôle d'élève.

Si les Québécois ont voté en grand nombre pour l’ADQ, c’est que ce parti a réussi à les rejoindre sur des valeurs essentielles, des valeurs qui n’ont peut-être pas beaucoup de lustre et qui appartiennent avant tout à la vie quotidienne, mais des valeurs appartenant au peuple québécois quand même. Il serait peut-être bon de relire “Les 36 cordes sensibles des Québécois (2e édition)” de Jacques Bouchard. (Note: monsieur Bouchard est ouvertement fédéraliste, mais son analyse des valeurs québécoise est extrêmement pertinente). L’ADQ semble avoir calqué son programme sur ces traits de caractère: tergiversation, solidarité continentale, individualisme, entreprenariat, recherche du confort, etc.

Le PQ pourrait aussi faire la lecture des valeurs actuelles du peuple québécois et remodeler son programme social et économique pour y coller plus étroitement. S’agirait-il de trouver un compromis entre lucides et solidaires? Peut-être que la démarche de Lucien Bouchard n’est pas totalement fausse, même si elle a été très mal accueillie (et avec raison, puisqu’elle adoptait une attitude inutilement hautaine).

Contrairement au PQ, l’ADQ n’avait aucun programme précis en termes de valeurs sociales, aucune tradition de parti, aucun héritage de mandats passés. Par conséquent, ce parti (très brouillon et opportuniste) a été en mesure d’adapter son programme au goût du jour. Il s’agit de populisme, voire de démagogie, mais il y a toujours un fond de vérité dans cette approche; ce sera au PQ de s’adapter aux valeurs québécoises actuelles, sans tomber dans le populisme facile à la Dumont.

Je suis en accord avec certains des arguments dits "pédagogiques" (puisqu'il faut bien expliquer son programme avant de l'appliquer!), si l’on exclut ceux qui infantilisent les Québécois ou qui leur donne une longueur de retard sur la "modernité" de monsieur Boisclair. Monsieur Boisclair est bien un homme de son temps, mais c’est le programme du PQ (et la rigidité de l’article 1, en particulier — héritage de Landry) qu’il semblait porter comme un fardeau lors de la campagne électorale.

En politique, le chef est souvent sacrifié après une bataille perdue et ce, sans égard aux causes réelles de la défaite. Je n’ai pas de préférence quant à la direction que le PQ devrait prendre, mais je tiens à vous rappeler que des nouvelles élections pourraient avoir lieu dans moins de 2 ans. C’est au PQ de prendre les décisions qui s’imposent, tout en tenant compte du “timing”; il est tout aussi difficile d’avoir un parti solide après une course à la direction, que d’avoir un parti cohérent lorsqu’il y a contestation du chef. Prudence, donc.

Le PLQ et la politique de l'oubli

Jean Charest, alias Doctor No, a réussi à couler le PLC, à mener le camp du non à une quasi-défaite référendaire (notons au passage que Charest finira bien par être éclaboussé par l’un des innombrables scandales dans lesquels il a trempé en 1994-1995) et à diriger un PLQ plus incompétent que jamais dans des dossiers clés, et plus aplaventriste que jamais face au fédéral. On finit par s’ennuyer de Bourassa, le dernier des Libéraux à se poser des questions sensées (et qui était Québécois avant tout, jusqu’à l’épisode de Charlottetown). C’est tout dire!

La seule et unique raison de l’élection, puis de la réélection (de justesse) de la carpe Charest, c’est la stratégie de neutralisation du Québec que poursuit l’anguille Harper. Sans les promesses vides de Harper, ses bonbons à la cannelle en forme de poisson (UNESCO = bonbon rouge, nation québécoise = bonbon blanc) son règlement ponctuel (et non-renouvelable, il va sans dire!) du montant actuel du déséquilibre fiscal (et non du problème lui-même), l’argent sonnant destiné à acheter les contribuables québécois… Charest serait cuit.

Depuis le départ de Jean Allaire, le PLQ n’est qu’une coquille vide, un parti qui obtient le pouvoir quand les citoyens sont fatigués ou quand l’alternance des partis “à la britannique” effectue une pression de changement. C’est dans l’air, en quelque sorte. Qui voudrait d’un parti qui a une mentalité de fonctionnaire, qui n’a aucun projet d’avenir et qui promet de régler les projets du présent en blâmant le parti d’avant-hier (et qui n’y arrive même pas malgré ses efforts… timides et sans imagination).

Avec le PLQ qui efface l’Histoire du Québec des manuels scolaires, qui offre les célébrations de Québec sur un plateau d’argent aux propagandistes fédéralistes et qui parle de partition quand il est à cours d’argument… on s’en va vers un Québec qui perd la mémoire.

En 2008, la ville de Québec sera recouverte d’un épais manteau de chiffon rouge et blanc. Avez-vous entendu les publicités sur Québec 2008? La narration réussit, avec des prouesses sémantiques, à ne jamais prononcer les mots “France”, “Jacques Cartier” et “Champlain”, tout en résumant l’Histoire de la ville; édifiant!

En 2008, les élèves du niveau Secondaire de plusieurs commissions scolaires du Québec recevront des agendas (achat obligatoire) fournis par Patrimoine Canada; ces agendas n’ont été produits que pour les p’tits Québécois francophones. En 2008, on parle de “normaliser” le cours d’Histoire de Secondaire 4 pour évacuer les sujets “sensibles” relatifs aux conflits linguistiques, à la Nouvelle-France et aux événements nationalistes du Québec; on s’en va vers un cours d’Histoire calqué sur celui des provinces anglophones.

En 2008, le PLQ encourage les PPP et les chantiers d’infrastructure fédéraux; combien de zones fédérales, où les lois du Québec ne s’appliquent pas, constellent déjà notre territoire (ponts, places, routes, édifices, monuments, gares, aéroports, ports, quais, bases militaires, etc). Chaque édifice fédéral, chaque pont fédéral, chaque chemin de fer est une immense vitrine de propagande fédéraliste... qui ne se gêne pas, en plus, pour bafouer la Loi 101 en appliquant un bilinguisme "canadian" stricte. Ce fameux bilinguisme "coast to coast", appliqué de manière absolue au Québec... mais qui se mue en unilinguisme anglophone dès qu'on franchit la rivière des Outaouais!

En 2008… … … en 2008…. des élections pourraient avoir lieu au Québec. Est-ce que le PQ s’enligne vers une remontée spectaculaire, ou vers une érosion accélérée de l’électorat, qui n’aura plus peur de voter ADQ car c’est désormais un parti “majeur”. Nous ne pourrons pas nous permettre de tomber sous la barre des 25%, des 30 comtés.

Le Québec semble avoir oublié le rapport Allaire, la commission Bélanger-Campeau, les études Le Hir, et tous les autres documents du même genre. Il faudrait reproduire ces documents, en produire une version commentée (pour en aider la lecture) et distribuer cela aux citoyens. On arrêterait alors de surfer sur les scandales, et on trouverait une meilleure vague que cette déferlante qui fait déjà de la broue.

Le PQ est le seul parti à défendre la mémoire du Québec, donc, sa fierté et son avenir.